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Le Salon d'Eté de Jean DubuffetLettre de Jean Dubuffet à Claude-Louis Renard datée du 30 août 1974
Le Salon d'Eté : une œuvre d'art habitable Au centre est un bassin de 300 m2 de contour capricieux et dont le fond est sculpté et peint en même façon que le reste, avec des éléments de reliefs différents dont les uns émergent et d'autres affleurent ou sont immergés. Y court une eau turbulente peu profonde. Il est entouré d'un ample dispositif dont le sol présente aussi des niveaux différents et des cheminements labyrinthiques menant à des petits lieux à demi distincts et refermés où s'asseoir et converser. De nombreux éléments à hauteur de siège permettent à trois cent personnes d'y être assises en même temps. Des murs sinueux qui, par endroits, s'élèvent autour, enclosent l'ensemble en abritant des regards, du soleil et du vent. La hauteur varie de trois mètres à cinq mètres. S'érigent, en outre, ici et là, des éléments en façon de fûts d'arbres hauts de cinq à huit mètres et dont certains sont coiffés de nappes horizontales qui évoquent les unes le feuillage des arbres ou bien les autres des nuages et qui par ailleurs préservent de la pluie.
Il a été recherché que l'ensemble provoque un effet de dépaysement et d'activation mentale et aussi qu'il soit frappant, à la fois par son caractère formel et poétique inédit et aussi par ses recours techniques offrant l'aspect d'une performance qui illustre la technologie de la Régie.
La construction est réalisée partie en béton et partie en polyester. " Jean Dubuffet, en liaison avec les services spécialisés de la Régie et après des dessins préalables, réalisa une grande maquette à l'échelle de 1/10 en polystyrène expansé, historiée de peinture en trois couleurs (blanc, noir et bleu). Celle-ci fut agréée en septembre 1974. L'étude de la construction fut aussitôt entreprise par l'architecte de la Régie assisté par des ingénieurs qualifiés. La confection des éléments en résine stratifiée fut confiée à une entreprise de Nouan-sur-Loire.
A ce moment là, dans l'attente d'une solution définitive concernant à la fois l'étanchéité et les éléments de polyester, le chantier fut recouvert de gazon. Jean Dubuffet engagea alors un procès contre la Régie Renault pour démolition de son œuvre inachevée. Après huit ans de controverses, les magistrats firent droit à la protestation contre la destruction de cette œuvre. Jean Dubuffet fut alors autorisé à imposer la réalisation du monument. Mais il répondit : "C'est maintenant moi qui refuse (non sans tristesse) que la Régie Renault se voit gratifiée de ce Salon d'été. Ne restera de ce projet, qui avait été pour moi si excitant, et qui, je crois, aurait pu l'être aussi pour le public, que son souvenir. "
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